Aujourd’hui, je voulais vous parler de Yuki … Mais pas seulement.
Je la connais depuis 2019.
Et parfois, il suffit de regarder une équipe évoluer pour se rappeler pourquoi on fait ce métier. Parce qu’elle fait partie des rencontres extraordinaires qu’on peut faire dans notre parcours professionnel, mais aussi personnel. Qui nous apprend autant qu’on transmet.
Yuki, c’est une chienne très sensible. Lorsqu’on s’est rencontrées les bruits pouvaient être difficiles à gérer, mais plus largement, son environnement lui demandait beaucoup. Les stimulations pouvaient vite devenir trop importantes et, dans certains endroits, elle cherchait simplement à retrouver ce qui lui permettait de se sentir en sécurité : la voiture.
Quand on est confronté à ces difficultés, il est difficile d’imaginer pouvoir faire autre chose que ce pourquoi on est venu consulter.
Et pourtant… Aujourd’hui, Yuki a 11 ans.
Elle pratique l’agility, mais pas seulement, et surtout, pas celle qu’on imagine habituellement (comme beaucoup d’activités ici d’ailleurs).
On regarde son corps, son âge, son énergie du jour. On adapte. On prend le temps. On choisit les exercices qui lui correspondent et on accepte que certaines journées soient différentes des autres.
Mais aussi … On fait la même chose pour son équipière, Nathalie.
L’objectif n’est pas la performance. L’objectif, c’est de continuer à bouger avec plaisir et de se permettre de le faire, sans se sentir « obligées ».
Et quand je les regarde toutes les deux sur le terrain, mon cœur se gonfle d’une énergie douce, de celle qui embaume le cœur d’un voile réconfortant.
Je vois Yuki qui observe son humaine, qui réfléchit, qui cherche ce qu’on lui propose. Je vois son humaine qui l’écoute, qui s’adapte, qui lui laisse le temps de trouver ses réponses. Je vois une communication qui s’est construite au fil des années, une confiance qui permet aujourd’hui à toutes les deux, d’oser.
Cette activité, c’est l’occasion de travailler son équilibre, sa proprioception, sa musculature, sa mobilité et la conscience de son corps dans l’espace. Mais aussi la mémoire, la coordination des mouvements et de l’attention. C’est donc un formidable exercice pour son cerveau.
Parce que je ne vois pas les activités comme un moyen de « dépenser » un chien.
Je les vois comme des occasions de permettre à quelqu'un avec son chien, de se sentir capable, d'avancer autour de problématiques qui paraissent, au départ insurmontables.
De prendre confiance.
De s’habituer progressivement à son environnement, de dépasser certaines appréhensions, de bouger avec plaisir et de partager quelque chose avec son humain.
Et cela peut être vrai à tous les âges.
Le parcours de Yuki me rappelle qu’un début de vie compliqué ne condamne pas un chien à rester enfermé dans ses peurs.
Son passé fait partie d’elle, bien sûr. Il faut le connaître, le respecter, composer avec ses sensibilités.
Mais son passé n’a pas à décider de tout ce qu’elle sera capable de vivre ensuite.
Vieillir ne signifie pas arrêter d’apprendre. Cela ne signifie pas non plus renoncer au plaisir de bouger, de réfléchir, de jouer ou de partager des expériences avec son humain.
Simplement, les choses évoluent, et on continue à construire.
Et c’est ce qui me passionne dans mon travail.
Accompagner une équipe sur la durée et voir, année après année, ce qu’elle devient. Avec Yuki, je mesure particulièrement tout ce que cette approche peut permettre.
Parce que depuis 2019, il n’y a pas eu de magie.
Il y a eu du temps, des adaptations, des expériences, des moments faciles et d’autres plus compliqués. Il y a eu une humaine qui a appris à regarder sa chienne autrement, une chienne qui a progressivement appris qu’elle pouvait compter sur son humaine, et une relation qui s’est construite petit à petit.
Aujourd’hui, les voir sur un terrain, réfléchir ensemble, chercher des solutions et prendre simplement plaisir à être là…
C’est une très belle récompense.
Yuki est l’une de ces équipes qui représentent profondément ce que j’aime transmettre dans mon métier.
Parce qu’au fond, je ne veux pas seulement que les chiens et leurs humains « fonctionnent » ensemble. J’aime les voir évoluer côte à côte.
Grandir ensemble, apprendre ensemble, s’adapter l’un à l’autre et continuer à construire leur histoire, à chaque étape de leur vie.
Merci, les filles, d’avoir osé, dans tout ce parcours, toquer à la porte de mon cœur.
Marion